Lectures de l’été

Yasunari Kawabata, Pays de neige

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J’essaie de varier les plaisirs et de lire à la fois des livres dit “classique” et des œuvres plutôt contemporaine; j’ai également eu envie de changer de continent pour changer de mes lectures d’auteurs français, anglais ou américains. Je me suis donc attaqué à Pays de Neige d’Yasunari Kawabata; le livre a reçu le Prix Nobel de littérature en 1968 et l’auteur est considéré comme une figure majeure au Japon.

Dans ce court roman l’on suit les plusieurs séjours de Shimamura dans un station thermale d’une petite ville entourée par les montagnes. Alors que le héros s’éprend d’une jeune geisha, Komako, et que leur relation se développe, se complique, s’intensifie ; nous sommes transporté dans cette ville parfois enneigé, quelques fois chauffé par le soleil aveuglant jusqu’à finir en feu. Poésie et contemplation sont au rendez-vous, on se laisse flotter dans ce pays neige, où le froid n’a jamais était aussi agréable.

La nuit se tenait immobile, figée, sans le moindre soupçon de brise, et le paysage se revêtait d’une austère sévérité. On avait l’impression qu’un grondement sourd, dans le sol, répondait au crissement du gel qui resserrait la neige partout, sur l’étendue. Il n’y avait pas de lune. Les étoiles, par contre, apparaissaient presque trop nombreuses pour qu’on crût à leur réalité, si scintillantes et si proches qu’on croyait les voir tomber et se précipiter dans le vide. Le ciel se retranchait derrière elles, toujours plus profond et plus lointain, là-bas, vers les sources enténébrées de la nuit. Les sommets de la haute chaîne, confondus en une seule ligne de crêtes, dressaient contre le ciel étoilé leur masse imposante, y découpant un horizon inquiétant, énorme et noir. Sur l’ensemble du paysage, toutefois, régnait une seule harmonie faite de pure sérénité et de tranquillité grandiose. ”

Hélène de Grémillon, Le Confident

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Après la mort de sa mère, Camille reçoit plusieurs dizaines de lettres de condoléance. Parmi celles-ci se glisse la lettre d’un inconnu, un certain Louis. Chaque mardi Camille reçoit une lettre signé de Louis où il y dépeint sa jeunesse dans les années 40. Par réflexe d’éditeur Camille croit à un auteur original qui essaie de se faire publier dans sa maison d’édition. Petit à petit des éléments de sa vie vont surgir dans les nombreuses lettres de Louis et croire en coïncidence n’est plus en option.

Le roman traite à la fois de la vie de Camille, éditrice trentenaire que l’on retrouve à un moment décisif de sa vie; et à la fois le récit de Louis retraçant l’histoire de Annie, une jeune française au grand coeur grandissant dans la France des années 40. Je l’ai dévoré en quelques jours (journée à la plage aidant la chose). Cette lecture m’a beaucoup plu, notamment la description de la situation des femmes et leurs devoirs quant à procréer.

“Pour relancer la natalité, le gouvernement n’y était pas allé de main morte : interdiction de l’avortement, interdiction de la contraception et, au passage, interdiction de toute forme d’information sur la sexualité. Déjà qu’on n’en parlait pas, ça risquait pas de s’arranger! La stratégie était simple, moins les gens en sauraient, plus la nature serait libre de faire son œuvre. […]Les femmes stériles n’étaient qu’une poignée de sous-femmes que l’on préférait oublier. Les calculs étaient précis, la perte de trente grammes de sperme équivalait à mille deux cents grammes de sang. Il fallait éviter le gaspillage, aussi tous les ouvrages médicaux jetaient l’anathème sur la copulation avec la femme stérile, “ravageuse aux amours inutiles”

Delphine de Vigan,  No et moi

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No et moi c’est l’histoire d’une collégienne qui est incapable de ne pas penser, toute la journée elle cogite, en classe elle s’ennuie mais reste brillante et bien entendue la première de la classe. Quand elle croise le regard d’une jeune sans abris à la gare d’Austerlitz elle ne peut s’empêcher de se demander comment une si jeune personne peut se retrouver dans la rue, quelles sont les étapes d’une descente si brutale? Lou va prendre son courage à deux mains et essayer d’approcher No, cette jeune femme abandonnée dans le monde cruel qu’est la rue, elle va même tenter de l’apprivoiser.

Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L’espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n’y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s’il est tout déchiré.

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